Dimanche 14 janvier 2007 7 14 /01 /Jan /2007 21:37
L’Art à quoi ça sert
(De la nécessité de l’Art)
 
 
 
Pour ce 3e « opus » de Babel Philo, l’Art était sur la sellette comme dans la salle, la passion sur les rangs.
 
Venus en nombre, y compris les artistes eux-mêmes, vous avez généreusement nourri le sujet, témoignant ainsi dans ce débat d’un haut niveau, qu’à travers l’espace, le temps, la multiplicité et le bouleversement des « tendances », l’Art demeure ce quelque chose qui relève du cœur, de l’intime conviction de l’émotion partagée ou non, d’un « voyage » que l’on entreprend ou non.
« Une vrai image est une image capable de couvrir l’aventure, non ? Le bateau s’en va quand le peintre meurt, nous a dit Picasso.
Depuis toujours, intrinsèque à l’état d’humanité, constitutif peut-être, l’Art nous est il nécessaire pour cette raison? Pourquoi Lascaux, Mozart, Rimbaud ou Balbek, nous touchent ils encore ?
 
L’accumulation - de quoi aller « jusqu’à la lune » se moquait Picasso, lui, si prodigue, comme la perte, la destruction de toutes ces œuvres oubliées, chaque fois singulières, chaque fois uniques, du « jamais vu, jamais entendu, jamais ressenti » tout cela n’empêche pas le départ pour de nouvelles explorations, la quête de l’inconnu, de l’indicible, de « l’inaccessible étoile » à atteindre à travers une réalité qu’ils outrepassent, justement, les artistes, justement « derrière le miroir » .
Entre Léonard de Vinci qui, à 15 ans, dit à Verrocchio, son maître, «  je peux faire des miracles » et Soljenitsyne, qui dans le glacial engourdissement du goulag, écrit de mémoire, inlassablement polycopié en samizdat par la suite, passant clandestinement les frontières, les murs d’acier, oui quelle ressemblance entre deux ?
Ni les dictatures de tout acabit, ni les « lois du marché » ou politique ou guerres folles – n’empêcheront les artistes, quels qu’ils soient, de trouver leurs moyens, d »articuler» leurs œuvres, alphabet pour eux premier, puisqu’il y a naissance, pour, comme Shakespeare «arrachez un rideau pour réveiller ce que chacun connaît, comme si nul ne l’avait jamais vu».
 
La recherche de « la beauté ce n’est pas l’essentiel » nous dit une artiste, très présente au débat. Une autre vérité alors ? Une aventure, certainement, une aventure mystérieuse, un langage inconnu, mutation, transfiguration.
 
La difficulté c’est qu’à vivre et réaliser leur « impossible… » les artistes de tous les arts ne sont pas moins assaillis par les nécessités de la vie. Ö combien!¨
« L’art contemporain c’est la démolition des a priori- une hygiène mentale …la création n’a jamais été aussi libre » nous dit Marc Olivier Wahler directeur du prestigieux Palais de Tokyo à Paris.
 
« La Liberté à quel prix ? » demandent les artistes, bousculés, ignorés parfois, (souvent ?) par le souverain « marché » contemporain qui d’ après Marc Olivier Wahler remplace » les tendances ».
Voici « L’Art vivant » mal dans la vie, mal dans sa peau, qu’il ne veut pas vendre, nécessiteux presque : intermittence, élitisme, mécénats improbables sont sur la sellette – Ne pas livrer ses œuvres à l’indifférence du moment, certains y pensent, mais un instant seulement – Car quitte à bousculer les institutions, les frontières, le bon sens « commun », les époques, les classes sociales, les religions et régimes politiques divers – l’artiste, le « créateur d’univers » met au monde sa créature, son « chef d’œuvre ».
 
Danse, musique, poésie, peinture, sculpture, architecture, photographie improbable -film accompli, « boudé » livre . » samizdat » , théâtre de rue, de ville ou d’ailleurs, « compost » plasticien, œuvres de sable éphémères, comme la Chapelle Sixtine de Michel-Ange, comme l’argile du premier pot ou les géants de l’Ile de Pâques, les œuvres naissent et vivent dans nos mémoires, poursuivent leur voyage, leur histoire.
 
Van Gogh a écrit à son frère Théo « je peux bien dans la vie et dans la peinture, me passer du Bon Dieu. Mais je ne peux pas, moi, souffrant , me passer de quelque chose qui est plus grand que moi, qui, est ma vie, c’est la puissance de créer ».
Et pourtant, vital pour Van Gogh, l’art ne le serait pas pour certains de vous. Mais la majorité, de notre Café Philo a répondu aussitôt «  depuis le temps, si l’Art ne nous était pas nécessaire, ça se saurait ».
 
En écho, Bergson et Malraux nous disent, pour le premier dans « Le Rire » « Nous ingérons nous involontairement nous-mêmes dans l’œuvre l’orbe de l’œuvre d’art comme des passants entrent dans une dance. Et par là, ils (les Artistes) nous amèneront à ébranler aussi, tout au fond de nous, quelque chose qui attendait le moment de vibrer ». Et pour le second dans « Psychologie de l’Art » « l’Art est un anti-destin ». Malraux entendait-il par là que l’Art outre pour combattre la Mort, pour laisser trace, pour percer de nouvelles routes dans la fatalité ?
Sans doute, est-il fou d’espérer que l’Art réussisse mieux que la Science et la philosophie à nous donner le secret de l’Univers, et celui de notre existence mais entre tous les « sens » possibles, chaque artiste « dans es machina » en choisit un, et livre ainsi « la forme que prit la qualité du monde à travers un être humain ».
 
En substituant ainsi à la réalité profuse, incohérente, un ordre « qui y introduit sa pensée, l’artiste remporte une victoire sur le chaos, triomphe de la mort en faisant survivre et perdurer dans son œuvre le sens qu’il a donner à l’Univers.
« L’Art est par là même une affirmation incontestable de l’humain » ;
 
BRAVO l’ARTISTE !
 
ARIANE DALAÏE
Par Babel Philo - Publié dans : Vos débats en bref
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