Babel philo N°2, 29 septembre 2006
L’actualité brûlante justifie l’intérêt du sujet, car il a suscité réflexions et débats en profondeur. D’ailleurs, Bachelard nous affirmait que « tôt ou tard c’est la pensée scientifique qui deviendra le thème fondamental de la polémique philosophique ». Nous pouvons en attester.
L’humanisme et l’humanitaire visent à maintenir l’humain et ses valeurs au sein et au centre de tous les progrès. Toutes nos sociétés ont l’ambition de se développer sur tous les fronts de la connaissance scientifiques. « Toute augmentation de notre pouvoir d’action augmente nécessairement notre pouvoir de nuire », nous avertit Louis BROGLIE dans « Physique et microphysique ».
La recherche scientifique présente en effet un terrain favorable à des polémiques sur son éthique, la légitimité de ses impacts sur la société, et sur la liberté de tous les citoyens que nous sommes… En résumé, humanisme et sciences sont-ils compatibles ?
Pour certains, les scientifiques ne peuvent se contenter de chercher et trouver, à moins de confirmer l’amer constat de Paul VALERY en 1919 après la grande guerre qui jugeait la science « atteinte mortellement dans ses ambitions morales et comme déshonorée par la cruauté de ses applications ». La peur, de ce qui a été qualifié d’ « ivresse technologique », entraîne par exemple, la crainte d’une accélération de la mise en place des bornes biométriques, jugées « gravement attentatoires aux principes de libertés individuelles. De même, la biométrie mettrait « à bas la démocratie dans nos vies quotidiennes ». Saint Exupéry a été cité à ce titre : « La vie crée l’ordre, mais l’ordre ne crée pas la vie ». De plus a été réclamé un droit de suite » pour le chercheur qui voit l’application de ses découvertes lui échapper. Les savants doivent savoir reculer comme Einstein après Hiroshima et Nagazaki.
Pour d’autres, le rôle des scientifiques n’est pas de faire de l’humanisme mais de progresser dans leur recherche. D’ailleurs, un des participants a indiqué que la volonté des scientifiques n’était que purement individuelle…. La recherche de la consécration par le prix Nobel en est une illustration. Le but étant de « TROUVER », quelques soient les effets en découlant à terme. En effet, l’humanisme relève d’une prise de position que doit adopter l’ensemble de la société et non, les seuls chercheurs. C’est précisément l’une des tonalités ressorties des interventions. Il a été bien mis en avant que le Citoyen doit être vigilant. Malheureusement, la volonté humaniste peut difficilement être mise en œuvre compte tenu du rythme effréné du progrès scientifique et de la prise de conscience de ses impacts sur la société.
En somme, O.G.M., biométrie, Clonage, cybernétique amènent à deux types de réaction : Pour certains, tout cela ressemble, à un développement anarchique de la science appliquée. Pour d’autres, ces avancées scientifiques sont synonymes a contrario de meilleures conditions de vie : diminution de la famine, de l’insécurité, des maladies, amélioration du confort matériel …
Il y a certainement un fond de vérité dans ces deux prises de position, mais la question essentielle n’est elle pas : sciences expérimentales et humanisme, nés en même temps au 15eme siècle, peuvent-ils, doivent-ils, redevenir contemporains, l’un de l’autre ?